En 1929, le sculpteur dauphinois Albert Poncin reçut au Salon des Artistes Français à Paris la médaille d'or pour une représentation en plâtre des Quatre Fils Aymon et leur cheval Bayart.

Le Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux-arts lui passa alors commande d'une oeuvre monumentale et proposa qu'il soit dévolu qu département des Ardennes. Les Ardennais et leurs élus furent convaincus que le monument allait leur échoir.

S'engagèrent alors deux polémiques : l'une sur la représentaion même des chevaliers statufiés dans une attitude paisible alors qu'ils représentaient le symbole de la rebellion contre l'injustice à grands coups de lance et d'épée. Quant à leur audacieuse cavale, elle devint héroïque quand les traitrises n'en vinrent même pas à bout. L'autre débat portait sur l'emplacement futur. Certains l'imaginèrent trônant à Charleville au square de la gare ou au Mont Olympe, d'autres le situèrent dans la vallée de la Meuse sur le site du Rocher des Grands Ducs ou à Monthermé.

Un écrivain alors célèbre, créateur de la revue La Grive, président-fondateur de la Société des Ecrivains Ardennais, M. Jean-Paul Vaillant, considéra que le seul site digne de recevoir l'oeuvre se trouvait au coeur de Légende : Château-Regnault. Avec l'aide de Jean Rogissart (enfant du pays et futur Prix Renaudot), il créa un Comité du Monument des Quatre Fils Aymon. Soudain, deux villes sont pressenties : Paris (sur proposition de M. André-François Poncet, sous-secrétaire d'Etat) et Lyon, candidate avec l'appui on ne peut plus influent de son Maire, Président du Conseil et futur Académicien : M. Edouard Herriot. M. Vaillant apprendra la triste nouvelle à M. Bosquet le Maire de Château-Regnault : appuyé du soutien sans équivoque de leur compatriote sculpteur, Lyon l'avait emporté.

M. Jean-Paul Vaillant, l'altruiste Ardennais, mettra toute son énergie en oeuvre pour persuader M. Herriot d'abandonner au profit des Ardennes la sculpture somme toute considérée patrimoniale.

Et le 4 avril 1932, il annoncera la bonne nouvelle : le monument sera Ardennais et dressé sur l'emplacement du château Montessor de la Légende, et ce, par arrêté ministériel du 11 juillet 1932.

Malgré le don généreux de M. Poncin à la commune de Château-Regnault de sa dotation de 100.000 F reçue de l'Etat, les frais de transport et d'aménagement du site s'avérèrent trop lourds pour la pauvre petite ville ouvrière. L'active Société des Ecrivains Ardennais, avec le concours du Conseil Général et de l'Association L'Ardenne à Paris, s'engagera dans une campagne pour recueillir des fonds et le trésorier, M. Jean Rogissart, pourra mesurer l'engouement à travers les aides et dons reçus. Le 23 août 1932 sera posée la première pierre du socle du monument des Quatre Fils Aymon, aujourd'hui fierté des habitants de Bogny-sur-Meuse et aussi des Ardennais. Après un report en 1933 pour cause économique, son inauguration se déroulera avec éclat le 2 juillet 1950. Il sera rénové en 1981 et le site connaîtra une profonde réhabilitation fêtée le 26 juin 2010.

Passant, admire ce monument en songeant que beaucoup de nos compatriotes pour notre liberté se sont inspirés des valeurs transmises au fil des siècles par les Aymon : courage, vaillance, persévérance, refus de l'arbitraire. N'oublie pas ces noms sans qui le site ne serait que montagne :

* Albert PONCIN
* Jean-Paul VAILLANT
* Edouard HERRIOT
* Jean ROGISSART
* Léon BOSQUET