Histoires en Patois ardennais [1]
Salut Ernest !
(histoire en patois champenois de Braux, publiée dans l'Ardennais
et due à l'imagination de René Dauvin, disparu en février 1993)

- Salut Ernest !

- Salut René ! Qu'est-ce que tu vas me raconter aujourd'hui ?

- As-tu vu le défilé hier, Ernest ? Il a donc encore fallu aller chercher une musique au dehors pour mettre un peu d'ambiance ! A Braux, il n'y a plus rien. Quand on se souvient des 14 juillet d'autrefois, on a mal au coeur ! Avant la guerre, il y a toujours eu de bonnes musiques et de bons chefs. Lugan, Jules Boret. Bercy, le dernier ! Après lui, ça a battu de l'aile avant de disparaître complètement. Et il n'y a plus personne pour reprendre le flambeau ! D'ailleurs, maintenant, en payant le chef et les musiciens, on n'est pas encore sûr que ça marchera.

- Enfin, il vaut mieux ne pas pas y repenser, et pour ne pas avoir de vague à l'âme, une petite histoire concernant la musique.

- A l'époque de mon histoire, il n'y avait pas encore de télévision et la radio n'en était encore qu'aux postes à galène. On faisait de la musique pour passer son temps. Il y avait donc à Braux une bonne musique dirigée par le père Badré, mais il y avait beau avoir une musique avec un bon chef, ça n'empêchait pas d'avoir de temps en temps des problèmes !

- Un jour, le batteur de grosse caisse tombe malade. La fête approchait ! Personne pour prendre la mailloche. Personne pour se promener avec un pareil instrument sur le ventre ! Le chef dit : il n'y a plus qu'une chose à faire ! Quoi faire ? S'il n'y a pas de batteur, nous ne donnerons pas de concert !

- Alors, un musicien a dit : j'ai un copain qui voudra bien venir, mais il ne connaît pas la musique ! Ça ne fait rien, dit le chef, amène le toujours ! On lui fera signe quand il faudra qu'il frappe et à force de répétitions, ça ira.

- En effet, aux répétitions, ça avait l'air de marcher. La fête arrive. Concert sur le kiosque ! La musique défile en jouant un pas redoublé [paso-doble]. Le Gros Jean, fier comme Artaban, frappe à tour de bras au risque de crever la peau [de son instrument]. Les gens qui regardent passer la musique ne comptent pas les coups de mailloche en moins ou en trop. Ça y allait. Ça faisait du bruit. Mais [quand] les musiciens montent sur le kiosque, tout change. [Le] Jean croit que tout le monde l'observe. Le trac commence à lui serrer l'estomac. Le chef frappe avec sa baguette sur son pupitre. Ce n'est plus le trac, c'est la peur qui assaille Jean. Il ne sait plus à quel moment il doit donner les coups de mailloche, et le chef n'a pas l'air de faire attention à lui. Les cuivres font un tel bruit qu'il n'y a même plus moyen de demander au voisin ! Jean sue sang et eau ! Enfin, le calme ! C'est le solo de clarinette. Alors, Jean, complètement paniqué, profitant de l'accalmie, crie au chef : Faut t'il frapper, Monsieur Badré ?.

- Ça a fait l'effet d'une bombe explosant au milieu du kiosque.

- C'est comme ça que Jean a fini sa carrière de musicien !

- Salut Ernest ! ...

* 15 juillet 1971


Version en patois [ <<< ]
... Histoires en Patois ardennais [1] (traduction)